Les textes c'est aussi...des contes! En voici un qui nous vient de Cornouailles
Il était une fois un garçon d'une douzaine d'années que son père envoyait souvent garder les moutons sur le Frenni fach. Très tôt, un matin de juin, il emmena pour la journée le troupeau à sa pâture et regarda prudemment du haut de Frenni fawr de quel côté se dirigeaient les brumes matinales. Bien qu'il fut jeune, il savait que si le brouillard se dirigeait sur le Pembrokeshire, la journée serait belle alors que si il prenait la direction du Cardiganshire, le temps serait épouvantable. Les brumes allaient du côté du Pembrokeshire. Le garçon, tout guilleret à l'idée de la belle journée qui s'annonçait, se mit à siffloter gaiement et laissa son regard vagabonder. Il vit alors, dans le lointain ce qui lui parut être une escouade de soldats activement engagée dans une opération militaire, dont il ne pouvait rien dire au premier abord. "Ça ne peut pas être des soldats en montagne aussi tôt que cela," se dit-il après réflexion. Il grimpa donc au sommet d'une petite colline et là, il vit qu'ils étaient trop petits pour être des soldats. "Je n'arrive pas à croire que ce sont des fairies," se dit-il. Il en avait souvent entendu parler et avait déjà vu leurs anneaux féeriques, mais il n'en avait jamais vu de ses propres yeux. Sa première idée fut de courir chez lui pour en parler à ses parents. Mais il se dit qu'ils pourraient avoir disparu avant qu'il ne revienne ou que peut-être même ses parents lui interdiraient de revenir : beaucoup de gens ont peur des fairies ; aussi renonça-t-il à cette idée. Après avoir à nouveau réfléchi, il décida de s'en rapprocher le plus possible et étape après étape, il parvînt à se retrouver à courte distance des visiteurs. Il resta là un bon moment à observer leurs mouvements.Il n'existait qu'une restriction : en aucun cas, il ne devait boire l'eau de la fontaine qui se trouvait dans le jardin et dans laquelle évoluaient des poissons d'or et d'autres couleurs. Chaque jour, de nouvelles raisons de s'amuser lui étaient proposées, de nouveaux passe-temps lui étaient procurés et de nouveaux visages lui étaient présentés, plus agréables encore, si cela était possible, que ceux qu'il avait vus auparavant. Ayant tout ce qu'un mortel peut désirer, le garçon voulut encore la seule chose qui lui était interdite. Comme Eve dans le jardin d'Eden, il était rongé par la curiosité. Un jour qu'il se trouvait près de la fontaine à contempler les poissons qui s'agitaient dans l'eau, comme personne ne le regardait, il plongea la main dans le bassin. Tous les poissons disparurent instantanément. Il porta l'eau à ses lèvres. Un cri indistinct retentit dans le jardin. Il en but. Le palais et tout son environnement disparurent et il se retrouva seul, sur la montagne, à l'emplacement exact où il avait posé le pied dans l'anneau des fées. Les moutons broutaient, là où il les avait laissés et les brumes accrochées à la montagne s'étaient à peine déplacées. Il pensait qu'il s'était absenté pendant plusieurs années ; en fait, il n'avait été parti que quelques minutes.